
La République Bergeyrienne : Une Utopie Ancrée dans l'Histoire (1918-2022)

I. Les Origines Factuelles : Du Gypse au Rugbyman Martyr
La Butte Bergeyre, cet îlot de tranquillité au cœur de Paris, a une histoire géologique mouvementée. Un symbole de résilience. Car avant d'etre ce "village au coeur de Paris", c'était une terre où rien ne poussait, non loin du giber de Montfaucon, truffé de galeries de mines issues de l'extraction de gypse qui la laissa, comme sa voisine les Buttes-Chaumont, dans un état instable, un véritable "gruyère" de sous-sol.
Le premier grand acte de civilisation moderne survint au début du XXe siècle. Alors que le terrain restait vierge de toute habitation, le Sporting Club de Vaugirard décida d'y implanter son stade. Après quatre années de travaux pour aplanir et consolider le sol chancelant, le stade fut inauguré en 1918. Il fut baptisé en hommage à Robert Bergeyre, jeune et talentueux joueur de rugby, mort aux premières heures de la première guerre mondiale. C’est de cette époque que remonte la toponymie du lieu.
II. Le Véritable « Grand Chamboulement des Années 20’ »
La République Bergeyrienne aime à remonter son origine au grand chamboulement des années 20'. Historiquement, ce bouleversement fut un effondrement. Le stade Robert Bergeyre était destiné à une courte gloire : le sous-sol, malgré les efforts, ne pouvait supporter l'édifice. Le stade fut détruit en 1926.
Cet événement fut, paradoxalement, l'acte fondateur de la sérénité Bergeyrienne. Impropre aux grandes constructions, le terrain, vendu à un promoteur, fut loti en donnant naissance aux villas et pavillons qui constituent aujourd'hui ce micro-quartier résidentiel pittoresque. De cette destruction physique (celle du stade) et de cette reconstruction en îlot (celle du lotissement de 1925-1930) naquit l'esprit farouchement indépendant et préservé de la Butte.
C’est à son statut de terrain inconstructible que le jardin partagé doit sa préservation comme espace de biodiversité unique, un symbole de résilience.
III. L'Émergence de l'État : De l'Association à la Commune Libre (2000-2005)
Pendant des décennies, l'esprit de communauté a perduré. Les archives révèlent que la vie de quartier était déjà dynamique, avec notamment le Carnaval de la Butte Bergeyre dont la première édition remonte à 1997.

Créée en 2000 par une poignée d'irréductibles optimistes, l'association comptait à sa fondation 170 adhérents, réunis autour d'une idée simple : construire un espace d'échanges et de convivialité à partir de lieux emblématiques : l'Utopicerie et le Jardin Partagé.
L'urgence de préserver ce mode de vie contre les menaces modernes (stationnement, urbanisme) conduisit à la première étape dans la constitution de l'État Bergeyrien. Le 29 septembre 2000, l'Association des Habitants de la Butte Bergeyre (AHBB) fut officiellement constituée. Ce jour-là, le Collectif des Habitants posa les bases de la future République.
La Commune Libre de la Butte Bergeyre (CLDLBB) est la manifestation politique de l'AHBB, s'organisant autour d'un Comité de Salut Public aux attributions utopiques, comprenant un Ministre chargé de la « résolution des emmerdements » et un Secrétaire d'État à la « joie de vivre ». Le siège de cette administration est l'Utopicerie, inaugurée en 2005 et devenue le centre culturel, le lieu d’échange, et le point de ralliement de la République.
Le périmètre géographique de la Commune fut précisément délimité, englobant l'ensemble des habitations sises Rue Georges Lardennois, Philippe Hecht, Barrelet de Ricou, Rémy de Gourmont et Edgar Poe. Cette délimitation, claire et sans ambiguïté, érigea la Butte en sanctuaire.
L'organe officiel de communication de la Commune, est le journal Bzzz, dont le nom fait référence au peuple le plus sacré de la Butte : les Abeilles.
Il est essentiel de noter la distinction géographique du peuple, selon les usages ancestraux :
- Les Bergeyriens (nom générique du peuple).
- Les Bergeyrois (habitants du cœur historique).
- Les Buttebergeois (résidents des pentes).
- Les Bergebuttois (les extérieurs, résidents des avenues bordant la Butte : Manin, Mathurin Moreau et Simon Bolivar).
Chacun, selon sa localisation, contribue par son identité à la richesse culturelle de la République.
La citoyenneté Bergeyrienne s’étend d’emblée à toutes celles et ceux qui souhaitaient sincèrement rejoindre le projet.
IV. Le Dogme Économique et Social : L'Ère du Buttecoin
La République Bergeyrienne se distingue par un credo social et économique fondé sur l'autosuffisance et la solidarité, formalisé par des institutions réelles de l'AHBB :
La Monnaie Solaire : Le ButtecoinLa monnaie locale, le buttecoin, émise par la Banque centrale de la CLDLBB, n'est pas indexée sur les fluctuations capitalistes, mais sur une richesse tangible et locale : le lingotin de cire d’abeille raffiné.
1 Buttecoin=n×1 Lingotin de Cire d’Abeille (250 g, 1er Choix, Doublement Raffinée)
Cette indexation symbolise l’attachement aux produits de la Nature en ville et à l'activité d'Apiculture gérée par l'association. Le Ministre des Finances travaille en étroite collaboration avec le Secrétaire d'État des droits des Hyménoptères pour garantir la pureté de cet étalon monétaire unique au monde. Les transactions sont gérées par l'Utopishop, déclinaison numérique de la Banque Centrale de la Butte Bergeyre.
Le Pilier Végétal : Le Jardin PartagéLa Commune Libre s'est rapidement orientée vers l'autosuffisance alimentaire. Dès 2004, le projet du Jardin Partagé a été lancé, puis étendu en 2008 via une convention avec les propriétaires des terrains non constructibles contigus. Ce jardin est le cœur nourricier de la République, appliquant les principes de la permaculture pour garantir l'abondance. En cultivant le vivre ensemble, il permet une ample production de lien social.
Tous les citoyens, qu'ils soient Bergeyriens, Bergeyrois, Buttebergeois ou Bergebuttois, sont unis par la règle du 1/10 à l'entretien des communs, garantissant que le jardin, l'Utopicerie et le bien-être collectif ne soient jamais négligés.
V. La Proclamation et l'Hymne aux Hyménoptères
L'aboutissement de cette longue histoire, de l'effondrement de 1926 à la solidarité du nouveau millénaire, fut la proclamation officielle de la République Bergeyrienne par la CLDLBB le 1er avril 2022.
Le caractère solennel souligne l'esprit unique de la Butte. Cette proclamation fut marquée par l'expansion de la souveraineté du jardin sur le trottoir adjacent et l'annexion des bacs à fleurs du voisinage, votée par « la majorité des boutures enracinées ».
Aujourd'hui, la République continue sa lutte pacifique pour le vivre ensemble. Son objectif permanent, inscrit dans ses décrets, est d'assurer la joie de vivre des hyménoptères et des végétaux par la distribution de graines de phacélie et la valorisation du buttecoin.
La République de la Butte Bergeyre n'est pas seulement un village parisien : c'est un État d’esprit, fondé sur la mémoire d’un rugbyman, la fragilité d'un sous-sol et la robustesse d'un lingotin de cire.
Document de référence : Constitution de la République de la Butte Bergeyre
















